CentraleSupélec et Orange Business India ont signé protocole d’accord de deux ans consacré au bachelor « Computer Science et IA ». Au-delà d’un partenariat académique classique, l’accord est révélateur d’une séquence stratégique plus large : l’Inde a organisé le sommet « AI Impact », réunissant des dirigeants politiques et des acteurs mondiaux de l’intelligence artificielle, dans un contexte de compétition internationale accrue autour des talents, des infrastructures et des usages industriels de l’IA.

La signature intervient parallèlement à la visite officielle du président français Emmanuel Macron en Inde et aux Rencontres universitaires et scientifiques de haut niveau sur l’avenir de la coopération franco-indienne. L’événement « AI Impact » a positionné New Delhi comme une plateforme de dialogue entre gouvernements, industriels et chercheurs, avec la volonté d’inscrire l’Inde dans le premier cercle des nations structurantes sur l’intelligence artificielle.

Dans ce cadre, les annonces bilatérales prennent une dimension particulière. Certes, elles relèvent de la coopération académique, mais avec une portée diplomatique et technologique assumée, où la formation des ingénieurs et l’accès aux compétences constituent des leviers stratégiques. Le protocole d'accord entre CentraleSupélec, BITS Pilani et Orange Business India est le fruit de cette dynamique.

Au croisement de la diplomatie et de l’industrie

Le bachelor conjoint « Computer Science et IA », ouvert en septembre 2025, est organisé sur quatre années. Les deux premières sont dispensées sur les campus de BITS Pilani à Goa ou à Pilani ; les troisième et quatrième années se déroulent à Paris-Saclay. Les diplômés obtiennent le bachelor de BITS Pilani, le bachelor of Global Engineering de CentraleSupélec ainsi que le grade Licence.

L’intégration d’Orange Business India sur quatre semestres introduit une dimension industrielle explicite. L’entreprise participera à la mise en place de projets d’études, d’études de cas, de hackatons et de visites de sites. Elle pourra proposer des stages, des sessions de mentorat, des ateliers et des conférences autour de l’intelligence artificielle, des réseaux, du cloud, de la donnée et de la cybersécurité. Le dispositif articule ainsi la formation académique et l’exposition à des environnements technologiques opérationnels.

L’Inde consolide son positionnement international sur l’IA

Le sommet « AI Impact » et les rencontres scientifiques organisées en marge témoignent d’une volonté indienne de structurer un écosystème complet, associant recherche, industrie et formation. En invitant des sommités mondiales de l’IA et en multipliant les accords bilatéraux, New Delhi cherche à capter des investissements, à attirer des partenaires académiques de premier plan et à sécuriser un accès durable aux compétences critiques.

Dans cette logique, la coopération franco-indienne dépasse le simple échange d’étudiants. Elle contribue à installer des parcours bi-culturels et bi-diplômants capables de former des profils opérant dans des environnements globaux. L’accès à des cas industriels concrets et à des experts issus d’un groupe international renforce l’attractivité du programme auprès des talents indiens et français.

Un enjeu de talents pour les filières stratégiques

L’objectif affiché par les partenaires est de former des ingénieurs dotés des compétences scientifiques et technologiques attendues par des secteurs comme les télécommunications. Orange Business India met en avant son ancrage local et son expertise en réseaux, cloud, cybersécurité et intelligence artificielle pour accompagner les étudiants dans des projets appliqués.

Sudipta Naidu, Director Orange Innovation India, souligne : « Nous souhaitons permettre aux étudiants de comprendre concrètement comment l’innovation prend forme : en relevant de véritables défis industriels, et pas seulement en les étudiant. » Romain Soubeyran, directeur de CentraleSupélec, évoque pour sa part un accès privilégié à des groupes reconnus mondialement pour leur capacité d’innovation technologique et une extension des opportunités de stages et de projets.

À l’échelle macroéconomique, ce type d’accord participe à la structuration d’une chaîne de valeur formation–recherche–industrie entre deux pays qui renforcent leur coopération sur l’intelligence artificielle. Pour les entreprises, l’enjeu porte sur l’accès à des ingénieurs formés aux standards internationaux et familiarisés avec des problématiques industrielles réelles. Pour les établissements, il s’agit d’inscrire leur offre académique dans une géopolitique des compétences où l’IA constitue désormais un marqueur central de souveraineté technologique et de compétitivité industrielle.

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