Google DeepMind intègre Lyria 3 dans l'application Gemini pour génèrer des pistes audio de 30 secondes, paroles comprises, à partir d'une description textuelle ou d'une image. Disponible en bêta pour les utilisateurs de 18 ans et plus en huit langues dont le français, la fonctionnalité est accessible sur desktop immédiatement, sur mobile dans les jours à venir, avec des limites d'usage étendues pour les abonnés Google AI Plus, Pro et Ultra.

Ce lancement clôt une séquence d'intégration multimodale dans Gemini entamée avec la génération d'images puis de vidéos. Lyria 3 est la troisième itération du modèle musical maison de Google, dont les premières versions remontent à 2023. Par rapport aux générations précédentes, trois évolutions techniques sont documentées : génération automatique des paroles sans apport extérieur, contrôle explicite du style, des voix et du tempo, et amélioration du réalisme et de la complexité musicale des sorties. Pour les équipes créatives et marketing, ces trois axes transforment Lyria d'un générateur de fonds sonores automatiques en un outil de production de contenu audio brandé, avec paroles et identité stylistique pilotables par prompt.

Le flux de production est entièrement piloté par langage naturel ou par image. L'utilisateur décrit un genre, une ambiance, un souvenir, une situation, Gemini génère en quelques secondes une piste de 30 secondes avec paroles adaptées, accompagnée d'une pochette créée automatiquement par Nano Banana, le modèle de génération visuelle de Google. Le résultat est immédiatement partageable via lien direct ou téléchargement, sans étape de post-production. Google illustre le dispositif avec un exemple publié dans son annonce : une piste afrobeat générée à partir d'un prompt décrivant des souvenirs d'enfance et des plantains cuisinés maison, produite en quelques secondes avec paroles et instrumentation cohérentes avec la demande.

Un prompt suffit pour produire une piste avec paroles et pochette

Pour les créatifs publicitaires et les équipes de contenu, cette capacité de production packagée — audio + visuel + lien de partage en un seul geste — réduit radicalement le cycle de production de contenus sonores courts. Les formats 30 secondes sont directement alignés sur les contraintes des plateformes dominantes : Reels, Shorts, TikTok. Un brief musical qui mobilisait jusqu'ici un compositeur, un concepteur sonore et un studio peut désormais produire un premier jet exploitable en quelques minutes, sans compétence musicale préalable. Avec des limites, toutefois, comme la durée fixe à 30 secondes, l’absence de contrôle sur la structure de la piste, et pas d'export multipiste. Lyria 3 est un outil de maquettage rapide et de contenu social, pas encore un studio de production. L'entrée par image ouvre un usage spécifiquement pertinent pour les marques : alimenter Gemini avec des visuels de campagne existants — photos produit, shootings, storyboards — pour générer une bande-son cohérente avec l'univers visuel établi.

En parallèle du déploiement dans Gemini, Lyria 3 propulse désormais YouTube Dream Track, la fonctionnalité de génération de bandes-son pour les Shorts, jusqu'ici réservée aux créateurs américains. Le modèle prend en charge deux formats de sortie sur cette plateforme : pistes avec paroles générées et instrumentaux d'accompagnement. L'extension géographique est en cours de déploiement au moment du lancement, sans calendrier précis annoncé pour l'ensemble des marchés.

Des formats courts non destinés à une diffusion broadcast

Pour les marques et agences qui activent YouTube Shorts comme format de communication, cette intégration native modifie directement les conditions de production. La dépendance à des bibliothèques musicales sous licence — avec leurs contraintes de clearance, de territorialité et de renouvellement — peut être contournée pour des formats courts non destinés à une diffusion broadcast. Un community manager ou un motion designer peut générer une bande-son originale synchronisée à une vidéo sans passer par un service juridique ou un prestataire externe, ce qui raccourcit significativement les cycles de validation sur des contenus sociaux à forte cadence de publication.

La montée en qualité apportée par Lyria 3 sur Dream Track est décrite par Google comme une amélioration du réalisme et de la personnalisation des pistes de Shorts, sans métriques publiées à ce stade. Le gain opérationnel est toutefois mesurable indirectement : les créateurs qui utilisaient des musiques génériques pour éviter les conflits de droits disposent désormais d'une alternative originale, produite à la demande, sans risque de Content ID sur YouTube puisque les pistes sont natives à la plateforme.

La politique de protection des artistes repose sur des filtres

Google documente explicitement sa politique sur le copyright dans l'annonce du lancement. Mentionner un artiste dans un prompt est interprété par Lyria 3 comme une inspiration stylistique large — le modèle produira une piste dans un style ou une ambiance similaires, sans reproduction. Des filtres sont activés en sortie pour comparer les sorties à des contenus existants. Google reconnaît publiquement que cette approche n'est pas infaillible et maintient un mécanisme de signalement accessible aux ayants droit. Le corpus d'entraînement de Lyria 3 a été constitué en étant très attentif au copyright et aux accords de partenariat, selon les termes de Google, sans détail sur les partenaires concernés.

Pour les directeurs artistiques et les responsables de la création en agence, cette politique délimite un cadre d'usage praticable : Lyria 3 est conçu pour la création originale, pas pour la reproduction ou l'imitation directe d'artistes existants. La référence à un univers musical connu — funk des années 70, jazz manouche, hip-hop Atlanta — est utilisable comme direction créative dans le prompt, sans que le résultat ne constitue une copie protégée. Le risque résiduel signalé par Google lui-même justifie une relecture des pistes générées avant tout usage en diffusion payante ou en activation internationale, où les standards sont plus contraignants.

Le corpus d'entraînement, les accords partenaires et les mécanismes de filtrage restent en grande partie opaques, ce qui est cohérent avec les pratiques du secteur mais limite la traçabilité pour les annonceurs soumis à des exigences contractuelles strictes sur l'origine des actifs créatifs. La référence à Music AI Sandbox — environnement de test collaboratif avec la communauté musicale développé avant Lyria 3 — constitue l'argument public le plus documenté de Google sur sa démarche de co-construction avec l'industrie musicale.

Traçage : SynthID marque chaque piste

Chaque piste produite par Lyria 3 est automatiquement marquée avec SynthID, le filigrane imperceptible développé par Google DeepMind pour identifier les contenus générés par IA. Ce marquage est embarqué à la génération, sans action de l'utilisateur. Google étend par ailleurs les capacités de vérification de Gemini à l'audio — image et vidéo étant déjà couvertes — permettant à tout utilisateur de soumettre un fichier et d'obtenir une réponse sur son origine via détection SynthID combinée au raisonnement du modèle.

Pour les équipes créatives et les responsables de production, cette traçabilité native change la nature de la documentation des assets. Une piste Lyria 3 est identifiable comme générée par IA par tout outil compatible SynthID, ce qui facilite la gestion documentaire des contenus dans les DAM des agences et annonceurs qui ont commencé à structurer des politiques de déclaration des assets IA. À l'inverse, cette identifiabilité signifie qu'une piste Lyria 3 utilisée dans un contexte où la transparence sur l'origine IA n'est pas souhaitée — certains appels d'offres, certains formats éditoriaux — sera détectable, ce qui est un paramètre à intégrer dans les décisions d'usage.

Lyria 3 positionne Google sur le segment le plus opérationnel de la création de contenu musical : le format court, la production immédiate, le partage natif. Pour les équipes marketing et les créatifs, la vitesse de mise en marché de productions sonores originales sur des formats sociaux à haute fréquence est un avantage certain. C'est sur cette dimension, et non sur la substitution aux productions musicales premium, que Lyria 3 modifie les workflows créatifs dès aujourd'hui.

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