La Commission européenne et des partenaires industriels ont inauguré à Louvain, en Belgique, la ligne pilote NanoIC, une plateforme de conception et de prototypage de pointe pour les circuits intégrés. Ce projet, qui a coûté 700 millions d’euros, est appuyé par l’Union européenne dans le cadre de son programme Chips Act, en présence de dirigeants de l’imec, de centres de recherche européens et de représentants de plusieurs États membres.

Financée dans le cadre du Chips Act européen et du programme Chips for Europe, avec NanoIC permettra de stimuler l’innovation, d’accélérer la maturation technologique et de consolider une base industrielle compétitive au niveau mondial. Cette initiative met également en évidence l’interdépendance entre les pôles technologiques majeurs, les États-Unis dépendant eux-mêmes de compétences, d’outils et d’infrastructures européens pour sécuriser leurs chaînes de valeur.

L’inauguration de la ligne pilote NanoIC marque une étape importante dans la politique européenne en matière de semiconducteurs. Grâce à un financement global de 2,5 milliards d’euros, dont environ 700 millions d’euros fournis par la Commission, cette infrastructure est conçue pour soutenir la conception, la simulation et le prototypage de puces de moins de 2 nanomètres. Elle vise à combler l’écart entre la recherche académique et les capacités de fabrication commerciale, en desservant un écosystème composé de centres de recherche publics, de PME technologiques et d’entreprises industrielles de premier plan. Selon la Commission, NanoIC agit comme un accélérateur de l’innovation européenne grâce à ses kits de développement (PDK), à son accès à des équipements de pointe et à ses services de mise à l’échelle technique pour des architectures avancées.

Renforcer la production de semiconducteurs

Le projet NanoIC se situe au cœur de l’initiative « Chips for Europe », une priorité du Chips Act qui ambitionne d’augmenter la part de marché de l’industrie européenne des semiconducteurs, qui devrait atteindre 20 % d’ici à 2030. Cette stratégie s’appuie sur des réseaux de compétences transnationaux, qui regroupent des centres de recherche publics tels qu’Imec en Belgique, le CEA-Leti en France, l’institut Fraunhofer en Allemagne et VTT en Finlande. L’inclusion de ces acteurs permettra de créer une structure durable pour une gamme de compétences, de la conception à la production. Cela permettra d’atténuer les vulnérabilités identifiées lors des récentes perturbations de la chaîne d’approvisionnement.

Sur le plan géopolitique, la dynamique européenne des semiconducteurs révèle une interdépendance croissante avec l’industrie américaine. Malgré l’adoption de programmes massifs d’investissements domestiques, tels que le CHIPS and Science Act, de nombreux fabricants et équipementiers américains demeurent dépendants de compétences européennes spécifiques, notamment dans les domaines des matériaux avancés, des plateformes de prototypage et des logiciels de conception. Les études industrielles et les consultations des acteurs du secteur soulignent que les chaînes de valeur mondiales ne se reconfigurent pas en silos nationaux et que l’accès aux infrastructures européennes est indispensable pour les acteurs américains visant à rester compétitifs sur les segments hautement avancés.

Cette réalité stratégique se reflète dans des coopérations transatlantiques émergentes et des appels à l’harmonisation des approches réglementaires et des investissements en R&D. Le but commun est d’accroître la résilience des chaînes d’approvisionnement tout en préservant une capacité d’innovation répartie entre les deux rives de l’Atlantique.

Au-delà de l’Union, cette initiative illustre que la souveraineté technologique ne se décrète pas en isolation. La dépendance réciproque entre l’Europe et les États-Unis dans les semiconducteurs impose une stratégie partenariale pragmatique, fondée sur des complémentarités et une gestion concertée des investissements, afin d’assurer à la fois sécurité des approvisionnements, innovation durable et leadership industriel sur l’échiquier mondial.

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