Un an après l’annonce d’un engagement de 10 milliards d’euros en faveur de l’intelligence artificielle, Bpifrance publie un premier bilan opérationnel. L’étude de conjoncture de Bpifrance Le Lab, publiée en janvier dernier, révèle un profond changement dans les usages, une reconfiguration nette des flux d’investissement et une accélération des programmes gouvernementaux d’aide aux entreprises.
L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises françaises a connu une croissance significative en 2025. Selon les données compilées par Bpifrance, on observe un phénomène tangible qui est alimenté par l’expansion continue de l’utilisation d’outils génératifs, la réalisation de projets de données et une baisse significative du nombre d’entreprises qui persistent à résister à ces technologies.
Ce phénomène émerge dans un contexte de politique publique dynamique et engagée. En effet, l’annonce en 2024 d’un plan de financement de 10 milliards d’euros pour structurer l’écosystème français de l’IA a marqué le début d’une action concrète. Les bénéfices de ces innovations technologiques se font déjà sentir, en particulier dans les domaines de l’utilisation, des investissements et le développement des compétences.
55 % des TPE-PME utilisatrices d’IA générative fin 2025
Selon l’étude de conjoncture de Bpifrance Le Lab, 55 % des TPE-PME déclarent utiliser des IA génératives à la fin de l’année 2025, contre 31 % fin 2024. Cette augmentation de 24 points en un an, selon les mots mêmes de Bpifrance, représente « un basculement historique dans le tissu économique français ». L’étude s’étend sur l’ensemble des petites et moyennes entreprises qui ont été questionnées sur leur utilisation des technologies numériques. Cela confère à ces données une importance macroéconomique.
L’intensité d’usage progresse également, on constate une augmentation de l’utilisation, puisque 17 % des entreprises interrogées disent maintenant avoir recours régulièrement à l’intelligence artificielle, ce qui représente une hausse de 11 points en une année. Les usages les plus courants sont axés sur la fonctionnalité et la facilité d’utilisation, avec la génération de contenus citée par 72 % des utilisateurs, et l’analyse de données, citée par 67 %. Cela reflète une préoccupation pour des gains de productivité immédiats plutôt que pour une transformation profonde des applications.
En parallèle, le pourcentage d’entreprises qui n’envisagent pas d’utiliser l’IA a diminué de 19 points en un an. Ce retrait des positions d’attente s’explique par la banalisation des outils générateurs, leur intégration accrue dans les logiciels métiers et par l’effet d’entraînement sectoriel. Pour les entreprises, cette évolution entraîne automatiquement une hausse de la pression sur les infrastructures de données, sur la gouvernance des usages et sur la sécurité des flux informationnels.
220 M€ investis en capital développement dans l’IA en 2025
La diffusion des usages s’accompagne d’une réallocation massive des capitaux. En 2025, Bpifrance indique avoir investi 220 millions d’euros en capital de développement dans l’intelligence artificielle, comparativement à 17 millions d’euros en 2024. L’écart de périmètre d’une année à l’autre témoigne d’un changement de cap stratégique, passant des investissements opportunistes à des engagements structurants dans des actifs jugés stratégiques.
Cette évolution se manifeste notamment par une participation à la création d’une coentreprise destinée à établir un campus d’IA de grande envergure en Europe, en collaboration avec des partenaires industriels et technologiques de premier plan. Bpifrance souligne également son soutien à des investissements ciblés dans des entreprises spécialisées dans la création audiovisuelle assistée par IA et dans des éditeurs de logiciels qui intègrent l’IA comme composante centrale de leur proposition de valeur. Le mécanisme est clair : soutenir des acteurs capables d’industrialiser l’IA au sein d’offres commercialisées.
En capital-innovation, près de 100 millions d’euros ont été engagés en 2025. Ces fonds permettent de financer à la fois de nouveaux investissements et des opérations de refinancement importantes dans le portefeuille actuel. Selon les perspectives des directions informatiques, cette augmentation des investissements entraîne une hausse de la disponibilité de solutions matures, elle renforce également l’importance de l’évaluation de la stabilité financière et de l’évolution industrielle des fournisseurs.
2,6 Md€ investis par les fonds partenaires depuis 2015
L’activité de fonds de fonds confirme cette accélération. Au 30 juin 2025, les fonds partenaires de Bpifrance avaient investi près de 2,6 milliards d’euros dans plus de 400 sociétés spécialisées en intelligence artificielle depuis 2015. La donnée la plus structurante est la répartition temporelle : 50 % de ces montants ont été investis depuis 2024, ce qui montre que les capitaux se concentrent récemment sur ce segment.
Ce phénomène s’explique par la convergence de plusieurs facteurs. Tout d’abord, la maturité technique de certains modèles et briques logicielles rend leur industrialisation possible. D’autre part, la demande des entreprises s’affirme, comme le montrent les données d’usage tirées de l’étude Le Lab. Enfin, l’effet de levier des dispositifs publics réduit le risque perçu par les investisseurs privés.
Pour les décideurs IT, cette intensification du financement modifie le paysage concurrentiel. Elle encourage l’émergence d’acteurs bien capitalisés, capables de soutenir des feuilles de route technologiques longues, mais elle peut également accélérer les fusions et acquisitions, ce qui a un impact direct sur la viabilité des solutions déployées en production.
3,9 Md€ de projets IA financés via France 2030 à fin 2025
Sous l’impulsion de France 2030, et avec Bpifrance comme opérateur principal, le financement des projets d’intelligence artificielle atteint 3,9 milliards d’euros à fin 2025. Sur cette somme, 2 milliards d’euros ont été alloués au cours des trois dernières années, ce qui témoigne d’une accélération marquée de l’engagement financier public sur la période récente.
Ces fonds se matérialisent par des dispositifs ciblés, tels que le lancement du programme « Pionniers de l’IA » ou l’appel à projets pour favoriser la transformation numérique de la culture et à l’appropriation de l’intelligence artificielle. Ce mécanisme repose sur un soutien à la fois technologique et organisationnel, visant à transformer des expérimentations en projets opérationnels.
Pour les DSI et les responsables de la sécurité des systèmes d’information, cette multiplication de projets subventionnés implique un élargissement du périmètre de gouvernance. Les impératifs de conformité, de traçabilité des données et de maîtrise des dépendances technologiques deviennent de plus en plus cruciaux à mesure que les projets financés passent en phase d’exploitation.
15 000 entreprises accompagnées et 9 403 dirigeants formés
L’accompagnement des dirigeants constitue un autre axe structurant. Entre 2023 et 2025, le programme IA Booster France 2030 revendique plus de 15 000 entreprises formées ou sensibilisées. Pour atteindre cet objectif, il a réalisé 460 évaluations de données et d’intelligence artificielle, ainsi que 205 missions de conseil stratégique. Selon les informations fournies par Bpifrance, ces initiatives visent à identifier des leviers de création de valeur.
En 2025, Bpifrance Université indique avoir formé 9 403 dirigeants grâce à son programme IA. Ces formations s’ajoutent à 1 084 autodiagnostics de maturité réalisés par des dirigeants, ainsi qu’à un cycle de cinq webinaires qui ont réuni 3 361 participants. Ces dispositifs répondent à un besoin crucial d’acculturation managériale, qui a été identifié comme un obstacle majeur à l’industrialisation des usages.























