Avec un outil d’auto-évaluation basé sur le Cadre européen de souveraineté cloud 2025, Suse cherche à transformer une exigence réglementaire abstraite en indicateur opérationnel mesurable. En moins de vingt minutes, les organisations obtiennent un score SEAL, une analyse des écarts et une feuille de route technique, dans un contexte où la souveraineté devient un critère d’accès aux marchés publics et aux données sensibles.

Suse annonce le lancement d’un outil web en libre-service permettant aux entreprises et aux administrations d’évaluer leur niveau de souveraineté cloud selon le Cadre européen 2025. Présentée comme une première sur le marché, cette auto-évaluation automatisée remplace des démarches manuelles souvent longues et coûteuses par un diagnostic directement exploitable par les équipes IT.

L’initiative intervient alors que, selon Forrester, la souveraineté numérique et l’IA accélèrent le retour du cloud privé, avec un rythme de croissance annuel appelé à doubler d’ici 2026. Dans le même temps, l’entrée en vigueur du cadre européen introduit une contrainte pour les organisations. Si elles sont incapables de démontrer leur souveraineté numérique, elles s’exposent à des refus de contrats, notamment dans le secteur public et les environnements régulés.

Un score SEAL pour objectiver la souveraineté

Au cœur du dispositif, Suse déploie son Cloud Sovereignty Framework, matérialisé par un score SEAL (Sovereignty Effective Assurance Levels). L’outil positionne chaque organisation sur cinq niveaux, de SEAL-0 à SEAL-4, à partir des huit objectifs définis par le Cadre européen. L’intérêt est double. D’une part, créer un langage commun entre équipes techniques, directions métiers et acheteurs publics. D’autre part, rendre comparables des situations jusque-là difficiles à quantifier, par exemple lorsqu’un appel d’offres exige un niveau SEAL-3 alors que l’infrastructure actuelle plafonne à SEAL-1.

Cette mécanique remplace une approche déclarative par une évaluation structurée. En pratique, l’utilisateur répond à une série de questions couvrant l’architecture cloud, la gouvernance des données, la chaîne d’approvisionnement ou encore l’autonomie opérationnelle. En moins de vingt minutes, l’outil produit un score global, un détail par objectif et une analyse des écarts, directement téléchargeable au format PDF.

Une pondération des risques orientée chaîne d’approvisionnement

L’outil ne se contente pas d’un diagnostic uniforme. Suse introduit une analyse pondérée des risques, qui hiérarchise les vulnérabilités selon leur impact réel. La chaîne d’approvisionnement pèse ainsi vingt pour cent de l’évaluation, devant l’autonomie opérationnelle, pondérée à quinze pour cent. Cette priorisation reflète une réalité terrain. Les dépendances fournisseurs, qu’elles concernent les infrastructures, les logiciels ou les services managés, constituent aujourd’hui l’un des principaux angles morts de la souveraineté numérique.

Cette approche permet aux DSI et aux RSSI d’identifier précisément où concentrer leurs efforts, qu’il s’agisse de réduire une dépendance à un hyperscaler, de renforcer la maîtrise des couches d’orchestration ou de revoir les contrats de support. Andreas Prins, Head of Global Sovereign Solutions chez Suse, résume l’enjeu en parlant d’un effet « boîte noire » de la souveraineté numérique, avec un écart persistant entre les exigences réglementaires et ce que les architectures techniques permettent réellement de contrôler.

Confidentialité locale et absence de collecte centrale

Sur le plan technique, Suse fait le choix d’un fonctionnement sans collecte des résultats par le serveur. Contrairement aux outils SaaS conventionnels, les données issues de l’auto-évaluation restent stockées exclusivement dans le navigateur de l’utilisateur. Cette conception adresse les exigences des organisations manipulant des informations sensibles, qui hésitent souvent à externaliser ce type de diagnostic par crainte de fuite ou d’exploitation indirecte des données.

Ce positionnement « local-first » constitue un signal adressé aux secteurs régulés. Il répond aux contraintes des administrations, des établissements d’enseignement supérieur ou des opérateurs d’importance vitale, pour lesquels un simple audit de souveraineté peut déjà révéler des éléments stratégiques sur l’architecture ou la gouvernance.

De l’évaluation à la feuille de route

Au-delà du score, l’outil génère une feuille de route d’amélioration, avec des recommandations techniques alignées sur les solutions Suse et sur son écosystème européen de partenaires. Ce choix apporte une continuité opérationnelle immédiate pour les clients existants, mais introduit mécaniquement un biais fournisseur : la trajectoire proposée reste cadrée par l’offre Suse, limitant l’exercice à une souveraineté « outillée » plutôt qu’à une évaluation pleinement agnostique, indépendante des piles technologiques déjà en place.

Cette approche introduit une contrainte structurelle. En cadrant les recommandations autour de ses propres briques et de son écosystème de partenaires, Suse réduit mécaniquement le champ des scénarios de remédiation. Or l’offre de l’éditeur ne couvre pas l’ensemble des couches nécessaires à une souveraineté complète, notamment sur certains segments d’infrastructure, de services gérés ou de gouvernance transverse. Pour les entreprises, cela signifie que le score SEAL peut servir de point d’entrée utile, mais que la trajectoire corrective devra, dans la plupart des cas, être complétée par d’autres fournisseurs pour traiter l’ensemble des dépendances techniques et opérationnelles.

Pour Suse, cette initiative dépasse le simple lancement d’un outil. Elle traduit une évolution du marché, où la souveraineté devient un critère mesurable, comparable et opposable contractuellement. L’éditeur entend y jouer son rôle pleinement, misant sur la réputation de l’open source et son ancrage local. À mesure que les cadres européens se précisent, ce type d’instrument pourrait s’imposer comme un prérequis dans les appels d’offres, aux côtés des certifications de sécurité classiques. Pour les décideurs du numérique en entreprise, l’enjeu dépasse la conformité. Il touche à la capacité de piloter leurs dépendances technologiques, d’anticiper les exigences réglementaires et de sécuriser l’accès aux marchés publics et aux données critiques.

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