Le gouvernement français vient d'officialiser la création d’un Observatoire de la souveraineté numérique, confié au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. L’initiative introduit un dispositif de mesure des dépendances technologiques nationales, destiné à outiller les acheteurs publics et privés et à éclairer les choix industriels, dans un contexte de forte exposition aux infrastructures cloud, aux plateformes de données et aux technologies d’intelligence artificielle.

Cloud, données, intelligence artificielle et cybersécurité forment désormais l’ossature opérationnelle des administrations comme des entreprises. Leur externalisation progressive vers des acteurs extra-européens transforme la souveraineté numérique en sujet de gouvernance, bien au-delà du seul débat industriel. C’est sur ce constat que repose le lancement officiel de l’Observatoire de la souveraineté numérique, annoncé à Paris par Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, et Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan.

Placée sous l’autorité du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, la nouvelle structure doit produire un diagnostic partagé des dépendances critiques, fournir des instruments d’aide à la décision aux acheteurs publics et privés, et alimenter l’orientation des politiques publiques. Selon Clément Beaune, « la souveraineté commence par la lucidité » et suppose d’identifier précisément « sur quelles briques technologiques, dans quels secteurs et pour quels usages » la France reste dépendante. L’Observatoire se positionne ainsi comme un dispositif d’objectivation, destiné à dépasser les déclarations de principe pour entrer dans une lecture opérationnelle des chaînes numériques, depuis les infrastructures cloud jusqu’aux logiciels métier.

Un questionnaire national pour éclairer les usages

Cette approche intervient alors que les environnements informatiques des organisations reposent massivement sur des services d’hébergement, des plateformes de données et des piles logicielles majoritairement américaines. Pour les DSI et les responsables sécurité, la question ne se limite plus au choix d’un fournisseur mais englobe la juridiction applicable aux données, la dépendance aux interfaces de programmation, la portabilité des charges de travail et la capacité réelle de réversibilité.

Dès la fin janvier 2026, un questionnaire national sera adressé aux acteurs publics et privés afin de documenter les usages numériques critiques et de mettre en évidence les dépendances aux solutions extra-européennes. La collecte, prévue jusqu’à fin février, doit alimenter des premières restitutions au printemps. L’objectif consiste à qualifier finement les points de fragilité, qu’il s’agisse des environnements cloud, des outils collaboratifs, des plateformes de données ou des briques d’IA intégrées aux processus métiers,

Pour Anne Le Hénanff, les questions de souveraineté numérique relèvent d’une « souveraineté collective » et engagent un modèle démocratique européen, au même titre que la sécurité ou la résilience économique. Cette lecture élargie place l’Observatoire au croisement de la stratégie industrielle, de la commande publique et de la gouvernance des systèmes d’information.

Une logique d’industrialisation souveraine par la donnée

Au-delà du diagnostic, l’Observatoire introduit une logique d’industrialisation par la donnée. En fournissant des indicateurs consolidés sur les dépendances technologiques, il peut devenir un levier de la commande publique, orientant les appels d’offres vers des solutions européennes lorsque cela est possible, et encourageant la constitution d’écosystèmes locaux autour du cloud, de la cybersécurité et des plateformes d’IA.

Pour les entreprises, l’enjeu est similaire. Disposer d’une cartographie claire des dépendances facilite les arbitrages entre performance immédiate et maîtrise de long terme, notamment sur les architectures hybrides, les stratégies multicloud, l’hébergement de données sensibles ou l’intégration de modèles d’IA dans les chaînes applicatives.

Vers une souveraineté mesurée plutôt qu’affichée

Avec cet Observatoire, l’État introduit une méthode fondée sur la mesure et la comparaison, plutôt que sur des proclamations générales. Les premières analyses attendues au printemps 2026 devraient fournir aux décideurs IT des repères sur les briques les plus critiques et sur les marges de manœuvre existantes.

À moyen terme, la valeur du dispositif se jouera sur sa capacité à produire des données exploitables, à éclairer les choix d’architecture des organisations et à soutenir l’émergence d’alternatives européennes crédibles. Pour les directions informatiques, il s’agit désormais de traduire cette cartographie en décisions opérationnelles, avec des impacts mesurables sur la résilience, la conformité réglementaire et la maîtrise des coûts.

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