Free Pro annonce la généralisation de la 5G+ à l’ensemble de ses clients disposant d’un forfait mobile 5G et d’un terminal compatible, positionnant cette évolution comme une réponse directe aux exigences croissantes de. L’opérateur s’appuie sur un réseau dense et l’activation automatique de la 5G autonome (Standalone) pour capter une clientèle en attente de services mobiles à faible latence et forte disponibilité, tout en cherchant à se différencier sur un marché B2B concurrentiel.
L’annonce s’inscrit dans un contexte où la 5G+ (ou 5G autonome) commence à transformer la structure même des réseaux mobiles professionnels. Alors que la majorité des déploiements initiaux reposaient sur la 5G non autonome (s’appuyant encore sur le cœur de réseau 4G), la 5G+ permet, grâce à une architecture réseau dédiée, d’activer la VoNR (Voice over New Radio) et de proposer des services avancés adaptés à la mobilité métier : réduction sensible de la latence, capacité accrue à gérer des usages intensifs et fiabilité renforcée des communications vocales et applicatives. Selon les précisions de Free Pro, l’activation de la 5G+ ne requiert aucune démarche de la part des clients : tout abonné mobile professionnel éligible bascule automatiquement sur le réseau 5G+ dès lors qu’il se trouve dans une zone couverte et utilise un terminal compatible parmi la centaine de modèles validés.
La question centrale reste celle de l’étendue réelle de la couverture en 5G+ sur le territoire français. Free Pro revendique le réseau 5G le plus vaste en nombre de sites, mais l’accès à la 5G+ dépend de la présence d’antennes actives dans la bande 3,5 GHz et de la capacité à supporter le mode autonome. À ce stade, aucune cartographie détaillée de la couverture 5G+ n’a été publiée, et l’opérateur se limite à évoquer une disponibilité dans « les zones couvertes en 3,5 GHz », une notion qui reste imprécise pour de nombreux décideurs IT. L’absence d’indicateurs précis sur la proportion de population ou de zones d’activité réellement desservies en 5G autonome entretient l’incertitude quant à l’accès effectif aux fonctionnalités avancées.
Cette incertitude se traduit concrètement pour les entreprises qui déploient des flottes mobiles : la couverture 5G+ effective demeure très variable selon l’environnement (urbain, périurbain, industriel) et la densité des infrastructures. La généralisation des usages avancés, visioconférence, accès en temps réel à des applications critiques, mobilité renforcée, suppose non seulement la disponibilité du réseau, mais aussi la garantie d’une expérience utilisateur homogène sur l’ensemble du territoire. Sans mesure indépendante ou certification de qualité de service, il demeure difficile pour les DSI et responsables télécoms d’intégrer la 5G+ dans leurs engagements de service métier.
Les limites d’une activation universelle
Free Pro met en avant une activation transparente de la 5G+ pour tous les détenteurs de terminaux compatibles, mais cette promesse masque une réalité technique plus nuancée. En pratique, tous les appareils estampillés 5G ne prennent pas nécessairement en charge la 5G autonome : la liste officielle, qui compte plus de cent modèles récents, exclut de fait de nombreux smartphones antérieurs ou d’entrée de gamme. De plus, certains modèles nécessitent des mises à jour logicielles spécifiques pour activer l’accès à la 5G+ ou à la VoNR, ce qui peut créer des disparités dans l’expérience utilisateur au sein d’une même flotte professionnelle.
L’argument central du passage à la 5G+ repose sur la promesse de bénéfices tangibles, mais les performances théoriques affichées par Free Pro doivent encore être validées sur le terrain, dans des contextes de forte densité ou d’usages intensifs, où la congestion réseau et l’environnement radio peuvent dégrader la qualité de service. À ce stade, aucun engagement contractuel spécifique (SLA, KPI) n’a été annoncé pour garantir ces niveaux de performance.
Recomposition du marché B2B des télécommunications.
L’initiative de Free Pro intervient dans un contexte de recomposition accélérée du marché B2B des télécommunications. Face à une concurrence qui déploie aussi des réseaux 5G autonomes et met en avant des engagements de service renforcés, Free applique une stratégie qui lui a déjà réussi par le passé. Il cherche à se différencier par une politique tarifaire agressive et la démocratisation rapide des fonctionnalités avancées auprès de ses clients professionnels. La question de la couverture 5G+ et de la compatibilité des terminaux devient ainsi un terrain de compétition décisif, où la réalité des performances perçues primera sur la seule communication commerciale.
Cette évolution laisse entrevoir une nouvelle phase dans la maturité des réseaux mobiles d’entreprise, marquée par l’émergence de services à forte valeur ajoutée (VoNR, découpage de réseau, connectivité à la demande) et la nécessité pour les entreprises, les administrations et les fournisseurs de services de repenser l’intégration de la mobilité dans leurs architectures métiers. L’enjeu, pour les acteurs du marché, consiste désormais à apporter des garanties concrètes sur la qualité de service, la sécurité des communications et la continuité opérationnelle, au-delà de l’effet d’annonce autour de la 5G+.























