Intel referme 2025 sur un repli marqué de ses revenus et une rentabilité toujours fragile, malgré la pression croissante de l’intelligence artificielle sur l’ensemble de la filière. Les résultats du quatrième trimestre dévoilent un groupe encore sous tension industrielle et stratégique, en dépit des efforts de réorganisation et des signaux positifs venus du segment IA.

Il est difficile de rattraper le temps perdu lorsque le marché avance trop vite. Dans l’industrie des semiconducteurs, les retards technologiques ne se résorbent pas à force d’annonces ou de promesses : ils s’accumulent, nourrissent la défiance des clients et laissent le champ libre à des concurrents toujours plus offensifs. Intel en fait la démonstration depuis près d’une décennie. Alors que l’entreprise avait bâti sa domination sur le couple x86, micro-informatique et centres de données, elle a accumulé, entre 2017 et 2022, des contretemps majeurs dans la migration vers les procédés de gravure avancés (10 nm puis 7 nm), ouvrant un boulevard à TSMC et à AMD sur les puces les plus performantes.

Cette succession de retards industriels a eu le double effet de fragiliser la position d’Intel sur le segment serveurs au profit de ses concurrents historiques et de marginaliser le groupe dans la nouvelle ruée vers l’intelligence artificielle, où Nvidia s’est imposé comme acteur central du calcul accéléré, des GPU et des architectures sur-mesure.

Marges sous pression et décrochage industriel

Au fil des trimestres, la position d’Intel s’est érodée sur tous les fronts. Dans le grand public, la marque a perdu l’avantage compétitif sur l’innovation produit, dans les centres de données, elle a subi la montée en puissance d’AMD sur l’architecture x86 et l’arrivée de nouveaux entrants ARM sur les infrastructures hyperscale.

À mesure que la demande mondiale de semiconducteurs se tournait vers l’intelligence artificielle, le groupe n’a pu que constater la marginalisation de ses propres solutions au profit de l’écosystème Nvidia, devenu le point de passage obligé de toute stratégie IA ambitieuse. Entre 2020 et 2025, la part de marché d’Intel sur les processeurs serveurs s’est contractée de manière continue, tout comme sa capacité à investir au même rythme que ses concurrents dans les équipements de lithographie de dernière génération.

Ces faiblesses structurelles pèsent lourdement sur les résultats actuels, à l’image du chiffre d’affaires du quatrième trimestre 2025, en recul de 4,1 % à 13,7 milliards de dollars, et d’une marge brute non-GAAP qui tombe à 37,9 %, soit 4,2 points de moins que l’an dernier. Le bénéfice par action plafonne à 0,15 dollar, signe de la difficulté persistante à restaurer une rentabilité de référence. « Le quatrième trimestre marque le cinquième trimestre consécutif où nos revenus dépassent les prévisions, même si nous devons faire face à des contraintes d’approvisionnement dans nos segments clés », observe David Zinsner, directeur financier, rappelant que l’entreprise doit désormais composer avec la rareté de certaines capacités de production et une chaîne d’approvisionnement fragilisée.

Une croissance bridée par un mix produit défavorable

Si la division Data Center and AI (DCAI) progresse de 15 % sur un trimestre, portée par une demande en serveurs encore dynamique, la croissance reste bridée par un mix produit défavorable et une montée en cadence industrielle qui n’atteint pas les standards de la concurrence. Intel continue d’investir massivement dans ses nouvelles plateformes (Core Ultra 3, gravée en 18A) pour tenter de retrouver un différentiel technologique, mais l’impact de ces investissements reste avant tout visible sur la structure de coûts.

L’innovation ne se traduit pas encore en gains de parts de marché, ni en reprise de la rentabilité. « Nous ne sommes pas encore en mesure de répondre pleinement à la demande du marché, notamment sur l’IA. Nos capacités de production et nos rendements doivent progresser plus vite », admet Lip-Bu Tan, directeur général, illustrant le décalage entre la stratégie annoncée et les résultats tangibles, dans un environnement où chaque trimestre perdu bénéficie à la concurrence directe de TSMC, AMD ou Nvidia.

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