La capacité des grandes entreprises à maintenir une trajectoire de croissance devient incertaine dans un environnement où se cumulent tensions géopolitiques, fragmentation des marchés et accélération technologique. Les dirigeants interrogés décrivent moins une crise passagère qu’un moment de bascule, dans lequel les leviers historiques de performance montrent leurs limites.

Les directions générales abordent désormais la transformation avec une prudence accrue. La visibilité à court et moyen terme se réduit, tandis que les investissements technologiques, en particulier en intelligence artificielle, peinent à produire des résultats homogènes. Cette tension entre ambition stratégique et rendement réel constitue l’un des fils conducteurs de l’analyse.

Cette lecture s’appuie sur le PwC Global CEO Survey 2026, étude annuelle publiée par PwC et conduite auprès de 4 454 dirigeants dans 95 pays. L’enquête mesure notamment la confiance des PDG dans la croissance de leur chiffre d’affaires, leur perception des risques majeurs et l’impact économique des transformations engagées, dont l’intelligence artificielle.

Une confiance des dirigeants en net recul

Les résultats mettent en évidence un net décrochage. Seuls 30 % des dirigeants se déclarent confiants dans la croissance de leurs revenus sur les douze prochains mois, contre 38 % un an plus tôt et 56 % en 2022. Cette évolution traduit moins un retournement conjoncturel qu’une difficulté persistante à transformer les investissements stratégiques en valeur économique tangible.

Les risques cités par les PDG se concentrent désormais sur des facteurs perçus comme durables. Les tensions géopolitiques, la volatilité des échanges commerciaux, les cybermenaces et la rapidité des évolutions technologiques figurent en tête des préoccupations. Leur combinaison réduit la capacité de projection et complique la planification stratégique.

L’étude montre que cette accumulation de risques modifie la répartition des priorités au sein des directions générales. Une part croissante du temps est consacrée à la gestion des incertitudes et à la sécurisation des opérations, au détriment de l’exploration de nouveaux relais de croissance. Cette inflexion pèse directement sur la dynamique d’investissement.

Dans ce contexte, la performance repose moins sur l’optimisation incrémentale que sur la capacité à maintenir une continuité opérationnelle face à des chocs multiples. Les modèles économiques fondés sur des hypothèses de stabilité prolongée apparaissent particulièrement fragilisés.

L’IA encore difficile à transformer en valeur

L’intelligence artificielle demeure identifiée comme un levier stratégique, mais son impact économique réel reste contrasté. Une minorité seulement des dirigeants interrogés par PwC déclare avoir obtenu des gains significatifs à la fois sur les coûts et sur les revenus. Pour la majorité, les bénéfices restent partiels ou circonscrits à des périmètres limités.

Ce décalage met en évidence des obstacles structurels. La création de valeur par l’IA suppose des fondations de données robustes, des architectures cohérentes et une gouvernance opérationnelle claire. Les initiatives fragmentées ou centrées sur des outils isolés peinent à dépasser le stade de l’expérimentation.

PwC identifie ainsi une fracture croissante entre les entreprises capables d’industrialiser leurs usages de l’IA et celles qui accumulent des projets sans impact mesurable. Cette divergence devient un facteur de différenciation concurrentielle, mais aussi un risque stratégique à moyen terme.

Des frontières sectorielles de plus en plus poreuses

L’étude met également en lumière une recomposition progressive des périmètres concurrentiels. Une proportion significative de dirigeants indique que leur entreprise concurrence aujourd’hui des acteurs issus de secteurs différents de ceux d’il y a cinq ans. Cette porosité accrue reflète une recherche active de nouveaux relais de croissance.

Cette dynamique se traduit par des stratégies de cession, d’acquisition et de réallocation de portefeuille plus fréquentes. Les entreprises cherchent à concentrer leurs ressources sur des activités jugées plus résilientes ou plus différenciantes, tout en se désengageant de segments devenus moins porteurs.

La concurrence ne se joue plus uniquement sur les offres, mais sur la capacité à recomposer rapidement des chaînes de valeur et à intégrer de nouvelles compétences au sein des organisations existantes.

Innovation et résilience par la technologie

Les enseignements du PwC Global CEO Survey 2026 ont des implications directes pour les directions informatiques et les responsables de la transformation. Dans un environnement instable, la technologie devient à la fois un levier d’innovation et un facteur de résilience opérationnelle.

Les entreprises les plus avancées sont celles qui articulent étroitement stratégie d’entreprise, gouvernance et pilotage technologique. La robustesse des architectures, la sécurité des données et la capacité à mesurer précisément la valeur créée prennent le pas sur la multiplication des projets.

À moyen terme, la réinvention décrite par PwC repose sur une succession de décisions structurantes plutôt que sur des ruptures spectaculaires. La capacité à transformer l’incertitude en avantage compétitif dépendra de la discipline stratégique, de la qualité des fondations numériques et de la lucidité des dirigeants face aux limites réelles des promesses technologiques.
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