Le bilan 2025 de Nextcloud éclaire de manière factuelle l’avancement de la souveraineté numérique européenne depuis la perspective d’un acteur technologique européen et open source. À l’approche de 2026, les chiffres, initiatives et constats publiés par l’éditeur permettent de mesurer les progrès, les axes stratégiques et les limites du mouvement souverain sur le terrain.

Nextcloud est un éditeur allemand open source spécialisé dans les plateformes de collaboration et de partage de fichiers auto-hébergées, qui regroupe des fonctions de stockage, de synchronisation, de messagerie, de visioconférence et de bureautique en ligne. Le tout dans une suite déployable dans des environnements auto-hébergés ou hybrides. Ce positionnement technique, opposé aux plateformes centralisées comme Microsoft 365 ou Google Workspace, s’inscrit dans une logique de maîtrise juridique et opérationnelle des données pour les organisations européennes soumises à des contraintes réglementaires fortes et à des risques géopolitiques liés aux lois extraterritoriales américaines.

Dans sa rétrospective « A brave year for digital sovereignty », Nextcloud indique que plus de 500 000 serveurs Nextcloud sont opérationnels dans le monde au 31 décembre, reflet d’une croissance notable de l’adoption dans les environnements publics et privés. L’éditeur affirme en outre que « l’intérêt des clients potentiels a triplé », soulignant une montée en puissance qui dépasse son écosystème traditionnel de contributeurs et d’utilisateurs individuels pour toucher des administrations et des entreprises de grande taille. On note notamment des déploiements à six chiffres dans le secteur public français, ainsi que des engagements de ministères comme le BMWET (ministère fédéral autrichien de l’économie) ou l’administration de la ville de Stuttgart », illustrant des projets à forte visibilité et à grande échelle.

Digital Sovereignty Index, un indicateur d’adoption

Parmi les initiatives les plus structurantes publiées en 2025, Nextcloud met en avant le lancement du Digital Sovereignty Index (DSI), un indicateur conçu pour mesurer le degré d’adoption des technologies collaboratives auto-hébergées par pays en normalisant le nombre de déploiements par 100 000 habitants. Dans ce premier classement, la Finlande domine avec un score de 64,5 points, suivie par l’Allemagne à 53,85 points et les Pays-Bas à 36,32 points, ce qui les place bien au-dessus de la moyenne des pays de l’Union européenne (16,31 points).

Étrangement, la France, qui paraît à la pointe du combat de la souveraineté, est derrière avec 25,1 points, ce qui la positionne au-dessus de la moyenne, mais loin derrière les leaders du classement, et son score est en partie tiré vers le haut par l’usage d’outils auto-hébergés génériques comme Plex ou Webmin plutôt que par des outils de collaboration professionnels. À l’inverse, plusieurs États comme le Royaume-Uni (9,21), la Belgique (7,15), l’Italie (6,49) et l’Espagne (7,01) restent bien en dessous de la moyenne européenne, montrant des écarts significatifs d’adoption d’infrastructures numériques souveraines au sein du continent.

L’éditeur annonce également son programme Sovereign 2030, avec un engagement financier de 250 millions d’euros d’investissement d’ici 2030 réparti sur quatre axes : la croissance des effectifs internationaux, le renforcement de la communauté open source, la consolidation de partenariats locaux et l’efforts d’éducation autour de la vie privée et de la sécurité. Nextcloud y identifie l’accès à des revendeurs et des prestataires locaux comme étant « la première étape pour rendre la souveraineté numérique actionnable », ce qui se concrétise par le lancement d’un Channel Partner Program destiné à structurer un réseau de partenaires capables d’accompagner des projets souverains sur des marchés locaux.

Participation communautaire et diversité des usages

Sur le plan produit, la rétrospective 2025 recense trois versions majeures de la plateforme lancées cette année-là : Hub 10, une version profondément intégrée avec modularité et performances améliorées ; Talk « Munich », une solution de communication indépendante ; et Hub 25 Autumn, avec une interface retravaillée et des améliorations techniques comme des uploads de fichiers jusqu’à 6× plus rapides et une réduction de 15 % des requêtes aux bases de données sur certaines opérations, signe de maturité technique accrue pour les usages collaboratifs souverains.

La vie de la communauté open source apparaît aussi comme un levier stratégique : plus de 55 000 commits GitHub, plus de10 000 inscriptions sur les forums, plus de 6 400 nouveaux sujets et 31 000 nouveaux posts, un programme de primes aux bugs de 110 000 $ avec 100 experts, et une disponibilité de la plateforme en 107 langues attestent de la vitalité de l’écosystème. Ces métriques donnent une mesure tangible de l’activité contributive et de la diversité des usages, éléments essentiels pour évaluer la résilience et la pérennité d’une offre souveraine.

Dans sa publication plus récente sur les perspectives pour 2026, Nextcloud souligne que la souveraineté numérique « n’est plus un problème théorique » et que l’Europe « doit distinguer l’autonomie réelle du simple marketing », reprenant des analyses de médias comme The Register sur le besoin d’actions concrètes plutôt que de discours politiques. L’article rappelle que remplacer à court terme des piles logicielles américaines reste irréaliste, mais que l’objectif doit être « la liberté d’action, la capacité de migrer, de négocier, et d’opérer sans points de défaillance géopolitiques ».

La souveraineté comme vecteur de différenciation

Pour les décideurs IT, ces éléments chiffrés montrent que la souveraineté numérique est en train de se structurer comme un vecteur de différenciation stratégique, mais que des obstacles persistent. Les métriques du DSI fournissent une base de comparaison locale et internationale, les engagements financiers à horizon 2030 traduisent un effort de structuration industrielle, et les déploiements à grande échelle dans des administrations européennes confirment une demande réelle. Toutefois, la coexistence d’environnements hybrides et la dépendance encore forte aux plateformes extraterritoriales soulignent que la transition vers une souveraineté pleinement opérationnelle reste partielle.

À l’horizon 2026, les bénéfices mesurables pour les organisations incluent une réduction des risques juridiques associés à l’extraterritorialité des données, une meilleure traçabilité des flux d’information, et des possibilités accrues de personnalisation et d’intégration locales, à condition d’accompagner ces choix par des politiques d’achat adaptées et des cadres contractuels favorisant des engagements industriels durables.

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