Après une année 2025 marquée par une croissance hors norme, les fournisseurs de puces entrent en 2026 avec des carnets de commandes pleins, mais aussi avec des tensions industrielles et géopolitiques plus visibles. L’essor de l’intelligence artificielle a porté les ventes à des niveaux historiques, tout en révélant des fragilités structurelles dans les chaînes d’approvisionnement et les stratégies de dépendance technologique.

L’année 2025 a constitué un point d’inflexion pour l’industrie des semiconducteurs. La demande liée à l’IA générative et aux infrastructures de calcul intensif a tiré l’ensemble du secteur vers le haut, au point de dépasser des seuils de revenus jusque-là inédits. Cette dynamique ne s’est toutefois pas traduite par une homogénéité des situations : certains acteurs ont capté l’essentiel de la valeur, tandis que d’autres ont dû composer avec des contraintes d’offre, de capacité ou de positionnement stratégique.

Selon les données reprises par le Wall Street Journal, le marché mondial des semiconducteurs a franchi en 2025 la barre des 400 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, principalement sous l’effet des investissements massifs dans les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Cette croissance s’est concentrée sur les processeurs graphiques et les accélérateurs spécialisés, devenus indispensables pour la formation et l’inférence des modèles de langage de grande taille.

La mémoire HBM comme goulet d’étranglement

Le principal bénéficiaire de cette séquence reste Nvidia, dont le chiffre d’affaires a plus que doublé sur l’exercice. Les GPU dédiés à l’IA, associés à un environnement logiciel devenu central pour les développeurs et les exploitants de centres de données, ont permis au groupe de capter une part disproportionnée de la valeur créée. Cette domination s’est traduite par une envolée de la capitalisation boursière et par une dépendance accrue de l’ensemble de la filière à ses feuilles de route technologiques.

Cette croissance accélérée a mis en évidence des limites industrielles. Les mémoires à large bande passante, indispensables aux accélérateurs d’intelligence artificielle, sont devenues un point de tension majeur en 2025. Les capacités de production de ces composants n’ont pas suivi le rythme de la demande, créant des arbitrages complexes pour les fabricants comme pour leurs clients.

Des acteurs tels que Micron, Samsung Electronics et SK Hynix ont engagé au cours de l’année des investissements significatifs afin d’augmenter leurs capacités, en particulier sur les technologies de mémoire HBM les plus avancées. Ces annonces ont été favorablement accueillies par les marchés financiers. Le titre Micron a ainsi progressé de plus de 200 % sur l’année, reflet direct de la centralité stratégique de la mémoire dans l’économie de l’IA.

Les hyperscalers cherchent à réduire leur dépendance

Face à la concentration du marché autour de Nvidia, les grands fournisseurs de services cloud ont accéléré leurs stratégies d’intégration verticale. L’objectif consiste à sécuriser l’accès aux capacités de calcul tout en maîtrisant les coûts à moyen terme, dans un contexte où la disponibilité des GPU reste contrainte.

Google poursuit le développement de ses processeurs TPU pour ses propres charges de travail, tandis qu’Amazon investit dans les familles de puces Trainium et Inferentia afin d’alimenter ses services cloud. Ces initiatives ne remettent pas encore en cause la domination des GPU généralistes, mais elles traduisent une volonté claire de diversification technologique et de réduction du risque fournisseur, devenue explicite en 2025.

TSMC au cœur des équilibres industriels

En toile de fond, la question de la capacité de fabrication demeure déterminante. TSMC conserve un rôle central dans la production des puces d’intelligence artificielle les plus avancées, notamment sur les procédés de gravure en 5 nanomètres et 3 nanomètres. Cette position confère à la fonderie taïwanaise un poids systémique dans la chaîne de valeur mondiale.

En 2025, la saturation de certaines lignes de production a contribué à allonger les délais de livraison et à intensifier la concurrence entre clients pour l’accès aux capacités disponibles. Cette situation a participé au maintien de niveaux de prix élevés et a renforcé la pression sur les acteurs incapables de sécuriser des volumes suffisants en amont.

2026 : croissance et fragilités structurelles

Les projections pour 2026 restent orientées à la hausse. Plusieurs établissements financiers anticipent une croissance à deux chiffres du marché des accélérateurs d’intelligence artificielle, portée par la généralisation des usages en entreprise et par l’extension continue des infrastructures cloud. Pour Nvidia, certains scénarios évoquent à terme des ventes de matériel dépassant les 350 milliards de dollars par an.

Cette trajectoire reste néanmoins conditionnée à la capacité de l’industrie à lever ses contraintes structurelles, qu’il s’agisse de la disponibilité des mémoires, de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement ou de la gestion des tensions réglementaires liées aux contrôles à l’exportation. L’année 2025 aura confirmé que la croissance de l’IA relève désormais autant d’un enjeu industriel que technologique, et que 2026 pourrait en amplifier les lignes de fracture.

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