La Chine durcit sa politique industrielle dans les semiconducteurs en imposant un seuil de 50 % d’équipements domestiques pour toute nouvelle capacité de production. Cette règle, appliquée de manière administrative mais non formalisée par un texte public, accentue la logique protectionniste engagée par Pékin depuis le durcissement des restrictions américaines. Elle modifie en profondeur l’équilibre du marché mondial des équipements de fabrication de puces.

La souveraineté technologique est devenue un axe structurant de la politique industrielle chinoise. Depuis deux ans, les restrictions à l’exportation imposées par Washington sur les technologies avancées ont accéléré la volonté de Pékin de réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers. Dans les semiconducteurs, cette stratégie franchit un nouveau palier avec l’exigence faite aux fondeurs d’intégrer une majorité d’équipements produits localement pour toute extension ou création d’usine.

Selon plusieurs sources industrielles, les autorités chinoises exigent désormais que les dossiers de validation de nouvelles capacités de production démontrent qu’au moins 50 % des équipements de fabrication proviennent de fournisseurs nationaux. Les projets ne respectant pas ce seuil sont généralement écartés lors des appels d’offres publics ou parapublics. Des dérogations existent encore pour certaines technologies de pointe, lorsque l’offre locale ne permet pas d’atteindre les niveaux de performance requis.

50 %, une étape intermédiaire

Cette règle prolonge une trajectoire politique assumée. Le pouvoir central encourage explicitement une mobilisation industrielle à l’échelle nationale afin de bâtir une chaîne de valeur des semiconducteurs capable de fonctionner à terme sans dépendance étrangère. Le seuil de 50 % apparaît comme une étape intermédiaire, certains responsables évoquant déjà un objectif final proche de l’autonomie complète sur les équipements critiques.

Sur le plan industriel, cette orientation bénéficie directement aux acteurs chinois de l’équipement pour semiconducteurs. Des fournisseurs comme Naura Technology ou AMEC voient leurs volumes de commandes progresser, portés par la priorité donnée aux solutions locales. Naura a ainsi engagé des tests de ses outils de gravure sur des lignes avancées de SMIC, y compris sur des nœuds technologiques autour de sept nanomètres, après des déploiements réussis à quatorze nanomètres.

Cette dynamique modifie mécaniquement la position des fournisseurs étrangers, américains, japonais et coréens, pour lesquels le marché chinois représentait historiquement une part significative du chiffre d’affaires. Même lorsque leurs équipements restent techniquement supérieurs, leur accès au marché devient conditionnel et moins prévisible. À moyen terme, cette évolution pourrait peser sur leurs revenus et accélérer une réallocation des efforts commerciaux vers d’autres régions ou vers des segments très avancés encore hors de portée des solutions locales.

Rréduire l'exposition aux décisions extraterritoriales

Au-delà du cas chinois, cette décision apparaît comme une réponse directe aux politiques américaines de contrôle des exportations mises en place depuis 2022. Les restrictions imposées par Washington sur les équipements de lithographie avancée, les outils de gravure et certains composants critiques, ainsi que l’interdiction faite aux fournisseurs américains de soutenir les capacités de production chinoises les plus avancées, ont contraint Pékin à réorienter sa stratégie industrielle. En conditionnant l’accès aux nouvelles capacités à l’usage d’équipements domestiques, les autorités chinoises cherchent à réduire leur exposition à des décisions extraterritoriales et à sécuriser leurs chaînes de production.

Pour les acteurs du secteur, cette évolution se traduit par une fragmentation plus nette des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les fabricants d’équipements et les fondeurs doivent désormais composer avec des exigences réglementaires divergentes selon les zones géographiques, ce qui complique la planification des investissements, allonge les cycles de décision et renforce les risques géopolitiques. À moyen terme, cette logique de blocs technologiques distincts pourrait durablement remettre en cause les économies d’échelle et la fluidité qui structuraient jusqu’ici l’industrie mondiale des semiconducteurs.

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